Les chiffres qui ressortent de ce sondage en disent long sur cette vieille rivalité qui persiste entre les deux métropoles canadiennes. Une rivalité qui a des racines historiques profondes. « Il existe une très vieille rivalité entre Montréal et Toronto, nous dit Mario Polèse, professeur à l’INRS en urbanisation, culture et société. Cette réalité vient du fait que de la Confédération (1867) jusqu’aux années 1970, elles étaient les deux grandes villes financières du Canada et avaient à peu près la même population. Montréal dépassait même un peu Toronto ». Sans oublier que les deux grandes équipes de la ligue nationale de hockey, les Maple Leafs de Toronto et les Canadiens de Montréal, accentuaient cette rivalité. « À partir des années 1970, avec la révolution tranquille et la francisation de Montréal notamment, les vieilles élites anglophones ont pris leurs bagages et sont parties à Toronto », explique Mario Polèse. « Montréal a alors connu trente années difficiles et Toronto est partie pour la gloire. Toronto est donc devenue le centre financier et commercial du Canada », précise-t-il.

Selon Mario Polèse, cette rivalité entre les deux villes n’est plus d’actualité aujourd’hui. « La guerre est terminée. Toronto et Montréal sont deux espaces culturels distincts, ajoute le professeur. Elles ont pris des trajectoires différentes. On considère maintenant que Toronto est la métropole du Canada et que Montréal est la métropole du Québec ». 

Le journaliste Karim Djinko, qui a vécu et étudié à Montréal pendant quatre ans avant de partir travailler à Toronto à la radio publique d’ICI Radio-Canada, abonde en ce sens. « Toronto est aussi devenue la capitale culturelle du pays, en damant le pion à Montréal, à l’image de son festival de cinéma. »

Toronto a pourtant longtemps été perçue par les Montréalais comme une ville ennuyeuse, une ville d’affaires conservatrice, où l’on mange mal et où il ne se passe plus rien passé 20 heures. Une réputation dont elle a du mal à se défaire. « Non, Toronto ne dort pas à 20 heures. Non, Toronto n’est pas plate. Ca nous faisait du bien de penser ça, mais le visage de Toronto n’est plus le même.», nous dit Karim Djinko « La ville s’est transformée à l’image de sa population et de sa mixité qui en fait aujourd’hui l’une des villes les plus multiculturelles au monde », ajoute-t-il.

Karim Djinko aime dire qu’il est un « défenseur de Montréal à Toronto et un défenseur de Toronto à Montréal » et s’amuse du regard ébahi des Montréalais quand à leur question « Pis, Toronto ? », il leur répond en vantant les mérites de la Ville Reine. Comme s’ils avaient besoin qu’on les conforte dans l’idée que Toronto était plate. Selon lui, c’est souvent ceux qui ne connaissent pas qui critiquent.

Dans le documentaire Let’s All Hate Toronto, sorti en 2007, les réalisateurs Albert Nerenberg et Rob Spence tentaient d’ailleurs de répondre à la question « Pourquoi les Canadiens détestent Toronto ? ». Dans ce film plein d’humour, Rob Spence s’était lancé dans un périple à travers le Canada déguisé en Mister Toronto pour sonder le terrain. Au final, on pouvait constater que cette haine envers Toronto repose souvent sur des stéréotypes du genre « je n’aime pas Toronto » parce que c’est une ville « dangereuse », « ennuyeuse », « sans âme », « crispée », « polluée » ou tout simplement parce que c’est la ville des Maple Leafs. Une phrase prononcée par un jeune homme du Yukon (une région située dans le nord du Canada) démontre bien l’absurdité de cette haine : « On ne sait pas exactement pourquoi on n’aime pas Toronto, mais on sait qu’on la déteste ! »

N’est-ce pas un peu aussi parce que Toronto, à l’instar de Paris, souffre d’un petit complexe de supériorité face au reste du pays ? Karim Djinko croit effectivement que Toronto souffre du « syndrôme de la métropole » parce que trop grande, trop riche, trop orgueilleuse. C’est la ville qu’il faut détester. Le journaliste souligne aussi que la plupart des Montréalais se posent plus en rivaux que les Torontois qui eux, n’ont pas de gêne à dire qu’ils aiment Montréal.

Mario Polèse remarque que Montréal a mis du temps à accepter qu’elle n’était plus la première. « Jusqu’à il y a une quinzaine d’années, j’ai très bien compris ce complexe d’infériorité que Montréal pouvait avoir », reconnaît-il. Mais aujourd’hui, Montréal n’a plus de complexe et ne cherche plus à rattraper Toronto, selon lui. De toute façon, la Ville Reine est aujourd’hui dans une autre ligue et regarde davantage vers New-York. « Si actuellement il y a une rivalité flagrante, c’est entre la ville de Québec et Montréal ».

  Montréal Toronto
Population (grande région métropolitaine) 4 027 100  6 055 700
% de la population bilingue (français/anglais) 53,3% 7,6%
% d’habitants nés à l’extérieur du pays 33% 50%
Nombre de sièges sociaux 397 726
Coût moyen d’un loyer (deux chambres à coucher) 730$ 1213$
Nombre de musées 71 Plus de 125

Crédit : Stephan Poulin, Tourisme Montréal