Par Sarah Fröb

 

Il faut dire que l’émotion s’était glissée entre les pages des partitions des répertoires présentés. Chez les musiciens dont les applaudissements nourris et les Bravos répétés ! ont fait pleurer certains, maestro compris. Applaudir debout n’est pas à la mode dans les salles parisiennes. La manifeste complicité entre le chef et son orchestre a visiblement conquis le public, ainsi que la fièvre des solistes : le pianiste Alexandre Tharaud, les violoncelliste Jean-Guihen Queyras et Stéphane Tétreault – accessoirement propriétaire d’un Stradivarius de 310 ans – , et la contralto étoile Marie-Nicole Lemieux. Dans la salle beaucoup de québécois. Des expatriés, fiers ; des personnalités venues expressément du Québec, fières, et des diplomates, fiers aussi.  Une majorité de français, heureusement et évidemment, était présente. Des initiés, des mélomanes, des purs qui Chut ! quand on tousse, des durs, des curieux. Je n’ai pas jugé bon aborder le sujet de la société distincte à mes voisins qui répétaient ce qu’ils sont bons ces canadiens.

Puis l’élégance de Yannick Nézet-Séguin. Il était beau dans son costume taillé expressément par Marie-Saint Pierre (qui habillait tout l’orchestre). Ses remerciements sentis et salutations à l’amitié France-Québec ont visiblement convaincus l’audience, mais c’est aux rappels qu’il a fait grand. « En première partie nos racines francophones, en deuxième partie nos racines anglophones. C’est qui on est chez nous, au Canada, au Québec. » Yannick Nézet-Séguin est sensible à ses origines et a offert en rappel un digestif québécois au concert 1 (l’Exil intérieur d’Eric Champagne, présent ce soir là) et un hommage à nos ancêtres et nos cousins au concert 2, avec la Pavane pour une infante défunte de Maurice Ravel. Beau, délicat, applaudit. C’était la première fois qu’un chef québécois se produisait dans la célèbre salle qui mettait Montréal à l’honneur ce week-end là dans le cadre de Québec à la Villette.

 

On entend bien continuer à voyager à travers le monde pour montrer qui nous sommes en tant que québécois. Puisse la magie de la Philharmonie se reproduire partout où vous irez Monsieur Nézet-Séguin.

 

Yannick Nézet-Séguin est Directeur artistique et chef principal de l’Orchestre Métropolitain depuis 2000. L’orchestre de Philadelphie le choisit comme directeur musical en 2012 ainsi que l’Orchestre philharmonique de Rotterdam. Il deviendra également le troisième directeur musical du Metropolitan Opera de New York en 2020.

PROGRAMME 1
Edward Elgar : Concerto pour violoncelle
Maurice Ravel : Concerto pour la main gauche
Claude Debussy : La Mer

PROGRAMME 2
Hector Berlioz : Les Nuits d’été
Camille Saint-Saëns : Concerto pour violoncelle n° 1
Edward Elgar : Enigma Variations