Par Maria Lopez

 

L’Europe et le Québec ont une longue histoire économique et politique – de par le passé colonial de la Belle Province, mais aussi par la succession de migrations des deux côtés de l’Atlantique. Si depuis le XIXème siècle le Québec semble se rapprocher des États-Unis, aujourd’hui il se tourne de plus en plus vers l’Union européenne, et pour cause, puisque cela offre de nouvelles opportunités aux deux parties. En effet, l’Europe est le deuxième partenaire économique du Québec et le premier marché pour la culture québécoise. Le poids de l’Europe dans les exportations totales québécoises est passé de 8% en 2005 à plus de 14% en 2010 (12,6% avec les pays de l’UE), pour un total de près de 9 milliards de dollars (8 milliards de dollars avec les pays de l’UE). Cette croissance des échanges s’explique par l’intérêt accru des firmes québécoises à diversifier leurs marchés dans le contexte d’une économie américaine moins dynamique. À la faveur notamment du projet d’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne dont on prévoit la ratification cette année, de l’Entente entre le Québec et la France en matière de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles et du Plan Nord, le Québec s’ouvre vers l’Europe en quête de perspectives prometteuses. L’Europe, quant à elle, est à la recherche de nouvelles idées dans cette province très innovatrice, dans l’espoir de s’inspirer pour pouvoir sortir de cette crise économique et sociale qui la menace.

 

Une relation économique encadrée par une stratégie du gouvernement

Le gouvernement du Québec est tellement impliqué dans cette relation qu’il a construit une stratégie officielle à l’égard de l’Europe pour les prochaines années, stratégie qui occupe une des places les plus importantes en matière de politique internationale au Québec. Le plan d’action propose une série d’actions visant à intensifier les échanges avec l’Europe en fonction de cinq objectifs prioritaires : favoriser la prospérité économique du Québec, soutenir la coopération en matière de recherche et d’innovation, favoriser la mobilité des personnes, promouvoir la culture québécoise et accroître la capacité d’action du Québec et le développement des expertises. Selon le gouvernement, les difficultés économiques aiguës que connaît le Vieux Continent ne devraient pas effrayer les milieux d’affaires au Québec. L’actuelle crise européenne serait même remplie de bonnes occasions. Les occasions à saisir seront d’autant plus nombreuses maintenant que le Canada s’apprête à conclure un Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Union européenne. Cet accord, qui a nécessité jusqu’à maintenant neuf rondes de pourparlers, en serait à la phase finale des négociations et on espère de part et d’autre de l’Atlantique son entrée en vigueur avec impatience. L’accord tarde à se concrétiser en raison de certaines inquiétudes européennes, allemandes notamment, sur la clause de protection des investisseurs. Mais aux yeux du Premier ministre du Québec, Philippe Couillard, il ne s’agit pas d’un problème qui justifierait de reporter la signature de l’entente. Il a même assuré récemment avoir entendu en France un signal très fort en faveur de la ratification de cet accord, auquel il a réaffirmé son ferme soutien.

 

Des opportunités pour les jeunes

Une des tendances à prendre en compte est l’accroissement des flux migratoires. Le délégué général du Québec à Paris aurait souligné que les dernières Journées du Québec pour le recrutement avaient été un succès, car environ 140 travailleurs stratégiques français ont été embauchés par des firmes québécoises, notamment dans le milieu de l’informatique. Des emplois qu’on n’arriverait pas à pourvoir avec la main-d’oeuvre locale au Québec. Ces liens économiques et commerciaux épousent le dynamisme croissant de la communauté européenne au Québec : l’attrait qu’elle exerce sur les étudiants et les jeunes professionnels ne se dément pas. La stratégie européenne du Québec cherche d’ailleurs à accentuer la promotion de ces emplois stratégiques  et cela fait partie des cinq objectifs prioritaires de la stratégie.

Mais le Québec est également une source d’inspiration pour une pléiade d’enjeux actuels que connaissent les pays européens. Sans pour autant prétendre vouloir appliquer le modèle canadien sur le modèle européen, des idées, des solutions et des défis de la province seraient davantage mis en avant dans la sphère politique et médiatique européenne. C’est le cas notamment de la récente élection du libéral et très médiatique Justin Trudeau en octobre dernier au poste de Premier ministre du Canada et le souffle d’ouverture qui a suivi depuis est en contraste avec le vent de fermeture qui semblerait s’étendre en Europe occidentale. Le cap de l’accueil du 10 000ème réfugié syrien a d’ailleurs été franchi il y a quelques jours, non sans une forte médiatisation de la presse autant que du gouvernement libéral. Le Québec compte bien sûr un territoire très vaste, face à une Allemagne qui elle est déjà la terre d’accueil de milliers de réfugiés. Il n’en est pas moins que ce vent d’ouverture est une affaire à suivre, car cela va bien au-delà de la problématique migratoire. Le gouvernement de Justin Trudeau a déjà mis sur la table plusieurs dossiers très emblématiques qui n’étaient absolument pas d’actualité sous le gouvernement précédent du conservateur Stephen Harper : tarification du carbone, retrait des troupes au Moyen-Orient, implication dans le conflit israélo-palestinien ou légalisation du cannabis n’en sont que quelques exemples.

Dans ce désir d’élargissement, le Québec et l’Europe aimeraient pouvoir compter sur l’accord de libre-échange Canada/Union européenne très prochainement, ce qui aurait certainement un impact extrêmement important par le biais de l’ouverture de marchés. Mais outre leurs liens commerciaux, si la relation entre le Québec et l’Europe a su se renouveler c’est parce qu’elle s’approfondit. Aujourd’hui, il s’agit plus d’un échange de ressources humaines, d’idées et de potentiel, que de marchandises. Il s’agit d’une relation privilégiée, dynamique et vivante qui regarde résolument vers l’avant et qui s’appuie sur la vitalité de relations culturelles, économiques et commerciales, pour le bénéfice commun.

Par Tanja Schreiner le 1 mars 2016