Par Maria Lopez

 

Le nouveau Premier ministre du Canada, aurait-il commencé à changer l’histoire politique de son pays avant même de naître ? Comme il le raconte dans ses Mémoires, sa mère se serait révoltée en 1971 contre les règles de l’hôpital Civic d’Ottawa interdisant les maris d’accompagner les femmes enceintes dans les salles d’accouchement. Furieuse, Margaret Trudeau, épouse de Pierre-Elliot Trudeau, Premier ministre à l’époque, a alors menacé d’accoucher au 24 Sussex Drive, leur résidence officielle. « L’administration de l’hôpital a rapidement aboli cette
restriction, et d’autres établissements, à Ottawa, puis dans tout le pays, ont suivi  le mouvement», rapporte leur fils. Et d’ajouter : « J’aime à penser que, avec mon père, on a aidé ma mère à porter un coup à la vieille pensée patriarcale ».
Aujourd’hui, le jeune Premier ministre a prouvé qu’il était capable de redynamiser la vie politique canadienne et son image à l’international. Membre du Parti Libéral canadien,  élu le 19 octobre 2015, il s’est empressé de nommer un cabinet reflétant la diversité et paritaire (avec 50 % de femmes), a prévu d’accueillir 25 000 réfugiés et a annoncé la légalisation du cannabis. Autant de propositions qui suscitent un renouveau d’intérêt pour le Canada, inédit depuis que son père transformait en son temps le pays par une vague de réformes libérales.

Sous le signe de l’union et de l’ouverture


Suite à l’explosion des prix du pétrole en 2011 et à la victoire des Conservateurs qui ont remporté la majorité absolue aux élections fédérales, le Canada a connu une longue période de règne conservateur sous le premier ministre Stephen Harper. Justin Trudeau a renversé la situation grâce à une campagne basée sur des principes tels que l’ouverture, l’optimisme, un gouvernement fédéral élargi oeuvrant pour faire ressortir le potentiel du Canada, une redistribution de la richesse au profit de la classe moyenne. Ignorant les efforts déployés par ses adversaires pour le dépeindre comme trop inexpérimenté pour diriger le pays, il a même réussi à exploiter ses faiblesses de façon intelligente en menant campagne. C’est un leader complètement à l’aise avec les réseaux sociaux, leurs possibilités et leurs pièges. Il a été à l’avant-scène sur Twitter lors de la COP21 de Paris et au sommet du G20 en Turquie, en même temps que son cabinet organisait la venue de milliers de réfugiés syriens sur un délai serré. Quand les premiers d’entre eux sont arrivés, il était là pour les rencontrer, non seulement avec des selfies, mais par un discours bien ficelé, aussitôt relayé par les médias internationaux. Le Canada de la fin de 2015 n’est plus du tout celui de Stephen Harper. Un sentiment palpable de soulagement a remplacé la politique des Conservateurs. L’alarmisme, le ciblage des musulmans, les politiques identitaires ont nettement reculé. Et il y a des raisons légitimes d’espérer que l’idéalisme de Justin Trudeau à propos de la capacité d’un gouvernement fédéral à renforcer l’union nationale pourrait se traduire par de véritables politiques et lois qui apporteront au pays un changement radical.

Depuis son élection, Trudeau suscite à l’étranger un engouement inédit pour un politicien canadien. En France, on parle du « Kennedy canadien ». Les magazines américains lui consacrent des portraits élogieux. Les Philippins lui ont réservé un accueil quasi-hystérique lors du Forum de coopération économique pour l’Asie-Pacifique. Quant aux critiques qui lui sont faites à propos de cette couverture médiatique, Justin Trudeau réplique qu’il entend rester au plus près des Canadiens pour connaître leurs préoccupations et que la médiatisation contribue à susciter l’intérêt des jeunes pour la politique. Un chose est certaine : son style tranche radicalement avec celui de son prédécesseur.

La mise en oeuvre  d’une autre diplomatie


La vraie transformation de Justin Trudeau réside sans conteste dans son approche de la diplomatie. Il souhaite rétablir l’image du Canada dans le monde, en reprenant sa participation dans les grandes institutions multilatérales, la diplomatie et l’aide au développement. Il envisage en particulier la participation du pays aux opérations de l’OTAN en Europe centrale, en Europe de l’Est et en Ukraine. Alors que le gouvernement précédent optait systématiquement pour le tout-sécuritaire et la fermeture des frontières, le déficit zéro ou encore le climato-scepticisme, le nouveau gouvernement prend des directions différentes. Trudeau a ainsi créé un ministère de l’Environnement et du réchauffement climatique, dirigé par Catherine McKenna qui, lors de la COP21 à Paris, a réaffirmé l’implication du gouvernement canadien dans la lutte environnementale. Le Premier ministre prône également le renouveau de l’aide humanitaire internationale. Au cours de l’année à venir, le Canada se déclare prêt à accueillir plus de 25 000 réfugiés syriens, redevenant ainsi une terre d’asile. Les Canadiens de la classe moyenne verront leurs impôts baisser tandis que les investissements en infrastructures augmenteront. La composition de son gouvernement indique par ailleurs que le Premier ministre se montre attaché à la diversité et à la question autochtone, sujet très important au Canada. On notera qu’il s’est également octroyé le titre de ministre de la Jeunesse, restant ainsi proche de ses valeurs. Parmi toutes ses promesses de campagne, la plus emblématique reste sans doute la légalisation de la marijuana dont on parle bien au-delà des frontières canadiennes.

Justin Trudeau, on le voit, a de grands projets pour le Canada. Son pays, il entend le transformer, le porter vers ce qu’il nomme « son chemin ensoleillé ». Il a encore quatre ans pour montrer ce qu’il peut faire…

Par Tanja Schreiner le 2 juin 2016