Retrouvez l’article : Le traité de libre-échange canadien-européen inquiète une partie du monde agricole français…</span_title ></div_encadre >
 Que représente l’agriculture canadienne pour un économiste agricole français ?
Le Canada est comme la France un pays exportateur, diversifié en termes de territoires et de productions agricoles. La contribution de l’agriculture et de l’agroalimentaire à l’économie y est plus importante qu’en France : elle y représente 8 % du Produit Intérieur Brut (PIB) et près de 12 % des emplois. Ces différences s’expliquent par trois facteurs : la production agricole canadienne est développée du fait de l’abondance des terres et des ressources naturelles, la population est limitée (35 millions d’habitants soit l’équivalent de l’agglomération de Tokyo) et en croissance beaucoup plus lente que celle d’autres pays partenaires d’Asie ou d’Afrique, les courants d’échanges entre le Canada et les Etats-Unis sont intenses du fait de la proximité géographique, de la force de l’agriculture américaine et des accords commerciaux existants (ALENA).

La France est-elle acheteuse de produits agroalimentaires canadiens ?
Avec 290 millions € (soit 0,6 % du total), le Canada est un fournisseur très modeste du marché français (sixième position des pays tiers). Cela concerne notamment 88 millions € en graines et fruits oléagineux, 64 millions € en poissons et crustacés et 28 millions €  en céréales. Les importations de viandes et de produits laitiers sont marginales, voire inexistantes pour de nombreuses catégories de produits de la nomenclature douanière.

Les Canadiens doivent-ils redouter les exportations européennes de fromages ?
Des débats existent effectivement, notamment au sein de l’association des éleveurs laitiers du Canada, quant à l’influence des accords commerciaux sur les exportations futures de fromages européens vers le Canada. Sans mésestimer l’importance de ces craintes dans un pays légèrement déficitaire en lait et très peu exportateur du fait de ses choix internes de politique laitière, force est de rappeler que ce marché n’est pas vraiment placé au coeur de la stratégie exportatrice de l’UE. Ainsi, en 2015, les 28 Etats membres de l’UE ont exporté 708 000 tonnes de fromages vers les pays tiers, dont « seulement » 14 500 tonnes à destination du Canada (soit dix fois moins que vers les Etats-Unis). En prenant pour hypothèse de calcul que chaque tonne de fromages exportée équivaut à 10 tonnes de lait, les exportations européennes de fromages représentent l’équivalent d’une production de 145 000 tonnes de lait, soit 1,8 % de la production canadienne de lait. Les importations canadiennes de fromages en provenance de l’UE résultent surtout de l’Italie (4 300 tonnes), de la France (3 900 tonnes), du Danemark (1 600 tonnes) et des Pays-Bas (1 200 tonnes).

Existe-t-il une compétition sur les marchés internationaux entre les deux pays ?
Oui, s’ils se retrouvent en concurrence sur les marchés internationaux, du moins pour certains types de produits. Cela concerne surtout les céréales et la viande porcine (à destination principalement des pays asiatiques ou de la Russie). Si le Canada bénéficie des accords commerciaux passés avec les Etats-Unis et le Mexique, l’UE a, de son côté, des relations historiques et de proximité en Afrique du Nord (dont l’Algérie et l’Egypte). La maîtrise du coût de production dans les exploitations, la structuration industrielle de la filière (efficacité des outils d’abattage, innovation sur les produits), la plus ou moins grande proximité des pays importateurs et les règles commerciales bilatérales entre pays sont des facteurs d’influence essentiels sur les jeux concurrentiels à l’oeuvre.

Par Rédaction ParisMontréal le 27 octobre 2017