Par Gaudérique Traub

 

 

L’AECG : UN ACCORD PROGRESSISTE

 

 

Justin Trudeau, premier dirigeant canadien à s’exprimer devant l’Assemblée nationale, a plaidé le 17 avril devant les députés français pour que l’Accord Économique et Commercial Global, concrétise un « partenariat économique renforcé avec la France ». Il a notamment rappelé les liens étroits entre les deux nations française et canadienne qui n’en seront que davantage resserrés.

 

En 2017, quatre mois seulement après la mise en œuvre de l’AECG, les importations au Canada en provenance de la France ont augmenté de 4% tandis que les investissements canadiens en France ont crû de 23%, a souligné le Premier ministre.

Pour Justin Trudeau, il s’agit d’un « accord moderne, qui reflète un agenda progressiste, prévoyant entre autres des dispositions sur les droits des travailleurs, la protection de l’environnement, l’investissement responsable, la sécurité alimentaire, la protection des consommateurs et la gestion des ressources naturelles ».

 

Les députés français doivent se prononcer cet automne sur l’AECG, plus connu sous son acronyme anglais CETA, qui s’applique de manière provisoire dans sa quasi-totalité depuis le 21 septembre 2017. Mais ce traité suscite de vives polémiques en France, où ses adversaires mettent en garde contre les risques sanitaires et environnementaux qu’il pourrait entraîner.

 

« Si l’Europe n’est pas sûre qu’elle va faire un accord commercial avec le Canada, pays qui partage les mêmes priorités sur l’environnement, sur la croissance inclusive, sur tout, avec qui signera-t-elle un accord ? » s’est interrogé Justin Trudeau devant les députés français.

 

 

LES AMBASSADRICES DE FRANCE ET DU CANADA RÉUNIES PAR LES ENJEUX DE L’AECG

 

 

À l’initiative de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française au Canada, Isabelle Hudon, ambassadrice du Canada en France et Kareen Rispal, ambassadrice de France au Canada ont été réunies à Montréal le 23 février dernier, sur la même estrade, lors d’un déjeuner-conférence exceptionnel pour croiser leurs points de vue sur l’AECG. Cette rencontre a suscité l’intérêt de nombreux acteurs économiques, institutionnels et sociaux, aussi bien canadiens que français.

 

À l’heure où les États-Unis reviennent à une vision protectionniste, Kareen Rispal a tenu à rappeler les bénéfices que peuvent apporter le libre-échange surtout lorsqu’il est encadré par des règles précises. Pour Isabelle Hudon, il est clair qu’il s’agit là d’un accord moderne et progressiste. Celui de la protection partagée de nos marchés, de nos savoir-faire, de nos produits et de nos emplois.

 

 

DÉCONSTRUIRE LES MYTHES, VALORISER LES RÉSULTATS

 

 

Isabelle Hudon a souligné qu’elle passait beaucoup de temps à déconstruire les mythes et les préjugés persistants. Sur le terrain, en France et au Canada, elle rencontre dirigeants de PME et startupers, éleveurs et viticulteurs bien décidés à se saisir des nouvelles opportunités offertes par cette entente de libre-échange. Consciente que l’AECG suscite des craintes notamment dans le domaine environnemental et agricole, Isabelle Hudon a tenu à détricoter la peur de l’ « invasion de produits agroalimentaires non standardisés ». Avec l’AECG, pour elle, nul ne s’impose à l’autre. Les fromages français doivent respecter les normes canadiennes de même que le bœuf canadien arrive sans hormones sur le marché européen.

 

Kareen Rispal a mis en avant le dynamisme de croissance économique entraîné par l’accord. Plus d’une quarantaine de projets d’entreprises canadiennes ont été détectés en 2017 et cette tendance est en train de s’accentuer.  Si l’on regarde les secteurs en plein développement au Canada, les mouvements les plus notables se produisent au niveau des secteurs des services, de l’agroalimentaire mais également des secteurs pharmaceutique et aéronautique. L’ouverture des marchés publics que permet l’accord est, selon l’ambassadrice française, un élément encore plus important à considérer que la baisse des droits de douane.

 

 

UN LIEN BILATERAL FORT

 

 

À l’instar de Justin Trudeau et Emmanuel Macron, les deux ambassadrices s’accordent sur le fait que le capital d’amour et le lien d’amitié qui unissent la France et le Canada ne peuvent qu’enrichir leur relation économique.

 

En 2018, entre la visite de Justin Trudeau en France en avril, et celle prévue d’Emmanuel Macron en juin, ainsi que leurs présidences successives du G7, la relation France-Canada est particulièrement forte et dynamique. La visite en mars à Paris du Premier ministre québécois Philippe Couillard, lors de la 20ème  Rencontre alternée Québec-France des Premiers ministres a été porteuse de nombreux projets et d’ententes économiques culminant à près de 125 millions de dollars. Ce fut également l’occasion de célébrer les 50 ans de l’Office franco-québécois pour la jeunesse qui a permis à 150 000 jeunes Français et Québécois de traverser l’Atlantique pour effectuer un stage au Québec ou en France respectivement.

 

La  perspective du sommet du G7 les 8 et 9 juin 2018 dans la région de Charlevoix sera l’occasion de réaffirmer la collaboration étroite entre la France et le Canada dans le combat commun contre le terrorisme, la lutte contre les bouleversements climatiques, l’affirmation de l’égalité des sexes et du féminisme et la promotion d’un esprit de progrès et d’innovation.

 

Par Léa Noël le 7 mai 2018